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Le Zaïre

 

Le Zaïre fut le nom porté par l'actuel territoire de la République démocratique du Congo sous la deuxième république, entre 1971 et 1997. Bien que l'appellation ne date que de 1971, le nom de Zaïre est aussi généralement utilisé pour la période 1965-1971 de la deuxième république, l'ensemble de la période étant marqué par la prise de pouvoir dictatorial de Joseph Mobutu.

 

Histoire

En 1960, le Congo belge accéda à l'indépendance sous le nom de "République du Congo" de Belgique. L'ancienne colonie française portait le même nom de République du Congo, état avec lequel le pays partageait une frontière à l'ouest. En 1966, terme démocratique fut ajouté pour distinguer les deux états, et l'ancien Congo belge fut désormais connu sous le nom de République démocratique du Congo (RDC). Cependant, les deux états furent depuis souvent distingués par leur capitales : Congo-Kinshasa (alors Congo-Léopoldville) et Congo-Brazzaville.

Les incertitudes du pouvoir et les rébellions se suivirent jusque 1965, date à laquelle le Lieutenant Général Mobutu, alors commandant en chef de l'armée, prit le contrôle du pays et s'autoproclama président pour 5 années. Mobutu consolida rapidement son pouvoir et fut plus tard élu président à l'issue d'un scrutin sans opposition.

 

La deuxième république

Comme justification rétrospective du coup intervenue en 1965, Mobutu établit un bilan de la première république comme "chaos, désordre, négligence, et incompétence." Au cours des deux premières années de son existence, le nouveau régime mit ses priorités sur les tâches de reconstruction et de consolidation politique. Créer les nouvelles bases de la légitimité de l'état, en particulier sous un régime de parti unique, devint la priorité de Mobutu. Une autre priorité fut de reconstruire les structures sociales et politiques du pays, processus qui débuta en 1970 et culmina avec l'adoption de la nouvelle constitution de 1974. En 1976, cependant, cette politique commença à montrer ses limites et à générer ses propres contradictions. Le retour d'un système bula matari ("celui qui brise les rochers") fait de brutalités et répressions commençait à se préparer.

 

Père autoproclamé de la Nation

Depuis 1965, Mobutu Sese Seko a dominé la vie politique du Zaïre, restructurant l'état à diverses occasions, et se donnant le titre de "Père de la Nation." Toute analyse relative aux structures politiques de ce pays et de son organisation ne peut être envisagée sans s'intéresser à l'homme qui donna ce nom au pays.

Mobutu est né dans la ville de Lisala à proximité du Congo, le 4 octobre 1930. Malgré ce lieu de naissance, Mobutu n'appartenait pas à l'ethnie majoritaire dans la région, mais aux Ngbandis, une petite ethnie dont le territoire se trouve à proximité de la frontière avec la République centrafricaine.

Mobutu se référait constamment à ses origines modestes et à la renommée de son oncle, un guerrier et astrologue du village de Gbadolite. Bien que né sous le nom de Joseph-Désiré Mobutu, il était également appelé du nom de son grand-oncle, Sese Seko Kuku Ngbendu wa za Banga,ce qui, selon certains , signifie "grand guerrier conquérant, qui va de triomphe en triomphe". Mais la vraie signification était: Mobutu, i.e. Tu es poussière Sese seko, La terre éternelle Kuku ngbendu, Le piment vert (qui n'est pas mûr) Wa za [ka] Banga, Le feu/La lumière brûle/brille à l'occident. Sous l'ère de l'authenticité au début des années 1970, les Zaïrois durent adopter des noms "authentiques", Mobutu reprit le nom de son grand-oncle Mobutu Sese Seko Nkuku Ngbendu wa za Banga, ou plus communément Mobutu Sese Seko.

Mobutu, passa quatre années à l'école primaire de Léopoldville. Ca lui a prit sept années pour atteindre le diplôme d'enseignement secondaire. Il eut de fréquents conflits avec les missionnaires catholiques des écoles qu'il fréquenta. Il en fut définitivement renvoyé en 1950 à l'âge de 19 ans. Il fut alors intégré durant sept années dans la Force Publique.

Le service militaire fut crucial dans la carrière de Mobutu. Contrairement à d'autres militaires, il maîtrisait très bien le français, ce qui lui valu rapidement un emploi de bureau. En novembre 1950, il fut envoyé à l'école pour officiers congolais, où il fit la connaissance de plusieurs militaires qui devaient assurer le contrôle de l'armée après le départ des officiers belges à l'indépendance. Vers la fin de son enrôlement, en 1956, Mobutu avait acquis le grade de Sergent-Major, le plus haut rang accessible aux congolais. Il avait par ailleurs commencé à publier dans des journaux sous un pseudonyme.

Mobutu retourna à la vie civile alors que la possibilité d'une décolonisation se faisait jour. Ses articles de journal attirèrent l'attention de Pierre Davister, éditeur belge du journal L'Avenir. À cette époque, être parrainé par un européen était une belle opportunité pour un Congolais ambitieux. Sous la tutelle de Davister, Mobutu devint un éditorialiste reconnu pour un nouvel hebdomadaire africain, Actualités Africaines. Davister rendit également plus tard service à Mobutu en donnant un écho favorable au régime de Mobutu via son propre magazine belge, Spécial.

Mobutu acquit une visibilité parmi l'élite africaine émergente à Léopoldville. Seule une barrière lui restait fermée pour l'obtention d'un statut dans la société coloniale : la reconnaissance complète en tant qu'évolué dépendait de l'approbation des autorités catholiques. Celle-ci lui refusant cette reconnaissance, il rejettera l'église par la suite.

Au cours des années 1959-60, les jeunes Congolais politiquement ambitieux s'affairaient à monter des réseaux et des alliances. La résidence de Mobutu en Belgique lui épargna nombre des difficultés auxquelles d'autres qui se contentaient de relations locales et ethniques étaient confrontés. Mais l’approche ethniques ne lui aurait été d'aucun secours car les Ngbandi étant une petite ethnie. Mobutu emprunta une autre route, celle de la diplomatie belge, des renseignements et des intérêts financiers locaux et internationaux recherchant des relais parmi les étudiants congolais de Bruxelles.

Mobutu croisa la route de Patrice Lumumba, lorsqu'il arriva à Bruxelles. Il s'allia à Lumumba, qui partageait notamment son anticléricalisme. Au début 1960, Mobutu fut nommé à la tête du bureau du MNC-Lumumba (Mouvement Nationale Congolais) à Bruxelles. Il assista à la Table ronde tenue à Bruxelles en janvier 1960, et retourna au Congo seulement 3 semaines avant la date du 30 juin prévue pour la proclamation de l'Indépendance. Quand l'armée se mutina contre les officiers belges, la nomination de Mobutu était un choix logique pour combler le vide. Lumumba nomma commandant en chef un membre de sa propre ethnie, Victor Lundula, mais Mobutu était le choix privilégie de Lumumba, et il ne tarda pas à prendre une place importante dans l'armée.

Au cours de la période cruciale de juillet-août 1960, Mobutu construisit "son" armée nationale en liant des alliances extérieures et les unités qui lui étaient acquises, en exilant les autres unités dans des régions reculées, et en absorbant ou dissolvant les unités rivales. Il assura la loyauté des individus en contrôlant leurs promotions et leurs rémunérations. Lundula, âgé et moins alerte, s'opposa peu aux plans de Mobutu.

Mobutu prit les rênes pour la première fois le 14 septembre après le renvoi de Lumumba par le Président Kasa-Vubu le 5 septembre, suivit de la tentative de Lumumba de bloquer ce renvoi par le Parlement. Sous sa seule autorité (mais avec l'aide des États-Unis), il installa un gouvernement intérimaire, appelé Collège des commissionnaires, composé essentiellement de diplômé et d'étudiant universitaires Il remplaça le Parlement pendant 6 mois en 1960 et 1961.

Au cours des quatre années suivantes se succédèrent des gouvernements civils faibles, le pouvoir réel s'exerçant en coulisse par le "groupe de Binza" : un groupe de partisans mobutistes fortunés, dénommé d'après le quartier de Ngaliema où la majorité d'entre eux résidait

Quand en 1965, les tensions firent jours encore entre le président et le premier ministre qui menèrent à l'instabilité du pays, Mobutu s'empara du pouvoir (de nouveau avec l'aide des États-Unis). Contrairement à la première fois, Mobutu prit le pouvoir en première scène.

 

Reconstruction politique

De 1965 à 1967, l'État de Mobutu s'efforce à renforcer sa légitimité en démantelant graduellement les institutions de la première république et en même temps d'accroître la centralisation du contrôle du pouvoir autour du président. Bien que le parlement continuait à se réunir occasionnellement, ses atouts furent sensiblement réduites. Les décisions exécutives étant généralement prises par ordonnances-lois présidentielles. Tous les partis politiques furent dissous et les activités politiques interdites. Mobutu avait promis que "pendant 5 années, il n'y aurait pas d'activité des partis politiques". En 1966, les 21 petites provinces furent rassemblées en 12, puis 8 et la capitale, et furent renommées régions en 1972. Elles furent transformées en de simples entités administratives dont le gouvernement central était directement responsable. Leurs assemblées étaient plus consultatives que législatives. Après la suppression de la fonction de Premier Ministre en octobre 1966, le président détenait le quasi-monopole du pouvoir exécutif, et contrôlait les pouvoirs législatifs et judiciaires.

Nombre des sympathisants de l'opposition Tshombiste des années 1960 furent rapidement incorporés au système étatique à travers diverse opérations de patronage. Avec la même rapidité, une justice sommaire disposa des plus farouches opposants au régime. Le 30 mai 1966, quatre personnages-clefs de la première république, dont l'ex-Premier Ministre désigné Évariste Kimba, furent accusés de complot envers l'État, jugé en une parodie de procès et pendus publiquement à Kinshasa. Les menaces contre le régime persistèrent cependant. Des poches d'insurrection existaient encore, notamment au Kivu (dont le maquis de Laurent-Désiré Kabila à Fizi) et au Haut-Zaïre (province Orientale).Des mois s'écoulèrent avant que ces foyers de dissidence puissent être contrôlés

Pendant ce temps, des rumeurs faisaient état d'un retour prochain de Tshombe, l'ancien homme fort du Katanga, exilé en Espagne. Ces rumeurs s'accentuèrent en juillet 1966 lorsque certains des anciens gendarmes katangais, aidés de mercenaires, se mutinèrent et prirent Kisangani (anciennement Stanleyville). Deux mois plus tard, ceux-ci furent repoussés après une intervention du mercenaire français Bob Denard. En juillet 1967, une autre importante mutinerie éclata à Kisangani, déclenchée par la nouvelle que l'avion de Tshombe survolant la mer Méditerranée avait été détourné vers Alger, où Tshombe était détenu prisonnier. Alors que les rebelles étaient repoussés de Kisangani par les forces de l’ANC, ils prirent Bukavu, à proximité de la frontière avec le Rwanda, qu'ils gardèrent pendant 3 mois. Ils tentèrent des attaques infructueuses contre l'ANC, mais en novembre, ils traversèrent la frontière rwandaise où ils se rendirent aux autorités locales. La campagne brillante et inattendue de l'ANC donna au régime une aura et une légitimité nouvelle. Le temps était venu pour de nouveau changements.

Déjà en janvier 1966, un étape majeure de la consolidation du régime fut effectuée ave la création du Corps des Volontaires de la République (CVR), une organisation dont les membres furent essentiellement recrutés parmi les étudiants de l'Union Générale des Étudiants Congolais (UGEC). Nombre des idées produites par la CVR provenaient d'un groupe d'étudiants radicaux promouvant les thèmes de nationalisme, de l’indépendance économique, et de la socialisation. Plus qu'un parti, le CVR était essentiellement un mouvement destiné à mobiliser la population derrière Mobutu, notre deuxième héros national (après Lumumba). Les succès variables du CVR comme agent de mobilisation populaire et politique, reflétant en partie les excès des étudiants impliqués, incitèrent Mobutu à lancer un mouvement plus large et plus fédérateur, par lequel, selon les mots de Mobutu, "serait animé par le Chef de l'État lui-même, et dont le CVR ne serait pas l'embryon.

 

Quête de la légitimité

En 1967, Mobutu avait consolidé son pouvoir et œuvra pour donner au pays une nouvelle constitution qui validerait son système de parti unique. La nouvelle constitution fut soumise à un référendum populaire en juin 1967, et fut approuvée par 98 %. Elle donnait un pouvoir accru au gouvernement central et au président, qui devenait chef de l'état, de la police et de l'armée, et en charge des affaires étrangères. Le président approuvait ou démissionnait les ministres et leurs membres de cabinet, et leur fixait leurs salaires. Les ministres étaient en charge de la stricte exécution des ordres et programmes du président. Le président approuvait ou délogeait également les gouverneurs de provinces, ainsi que tous les juges, y compris ceux de la Cour Suprême.

Le parlement bicaméral fut remplacé par une assemblée unique, dénommée Assemblée Nationale. Le président avait le pouvoir de légiférer quant aux dispositions non prévues par les lois, sans préjudice à la Constitution. Sous certaines conditions, le président pouvait gouverner par des arrêtés présidentiels, qui prévalaient sur les lois.

Mais le plus important changement fut celui de la création du Mouvement populaire de la Révolution (MPR) le 17 avril 1967, marquant l'émergence d'une "nation politiquement organisée". Plutôt que d'être qu'un parti considéré comme une émanation de l'état, c'est l'État qui fut désormais considéré comme l'émanation du parti. Dès lors, en octobre 1967, les responsabilités des parti et de l'administration furent mises en commun en une structure unique, assurant l'emprise du parti à tous les niveaux de pouvoir, y compris dans les provinces jusqu'aux syndicats de travailleurs, les mouvements de jeunesse et les organisations étudiantes. En peu de temps, le parti était devenu l'instrument exclusif et légitime de la vie politique du pays. Comme le déclara l'un de ses dirigeants, "le MPR doit être considéré comme une église et son fondateur le Messie".

La fondation doctrinale suivit de peu la fondation du parti et prit la forme du Manifeste de la Nsele (du nom de la résidence campagnarde de Mobutu à Kinshasa à Nsele, à six kilomètres de Kinshasa) publié en mai 1967. Le nationalisme, la révolution, et l'authenticité y furent identifiés comme thèmes majeurs de ce qui serait bientôt qualifié de "Mobutisme". Le nationalisme impliquait la mise en place d'une politique d'indépendance économique. La révolution, décrite comme une révolution nationale, essentiellement pragmatique c'est-à-dire répudiant le capitalisme et le communisme. « Ni de droite ni de gauche » devinrent rapidement des slogans légitimant le régime, comme « authenticité ». Le concept d'authenticité fut dérivé de la doctrine professée par le MPR d’un authentique nationalisme zaïrois et une condamnation du régionalisme et du tribalisme. Mobutu la définissait comme être conscient de sa propre personnalité et de sa propre valeur. Pour montrer la voie, le nom du pays fut changé en République du Zaïre en octobre 1971, et les forces armées les Forces armées zaïroises (FAZ). Cette décision était curieuse, vu que le nom Congo, qui se référait à la fois au fleuve Congo et à l'ancien Kongo, était lui-même fondamentalement authentique et aux racines précoloniales, alors que Zaire est en fait un nom portugais adapté d'un mot africain, Nzere signifiant "fleuve" (de Nzadi o Nzere, "la rivière qui engloutit toutes les autres rivières", autre nom du fleuve Congo). En 1972, le Général Mobutu devint Mobutu Sese Seko et obligea tous les citoyens à adopter des noms africains en lieu et place de noms européens ou chrétiens. Les standards d'habillement occidentaux furent aussi abandonnés au profit de l'abacost, par soucis d'authenticité. Et enfin, entre 1966 et 1971, de nombreux lieux furent aussi rebaptisés, dont voici quelques uns de ces changements de dénomination parmi les plus importants :

Léopoldville devint Kinshasa

Stanleyville devint Kisangani

Elisabethville devint Lubumbashi

Jadotville devint Likasi

Albertville devint Kalemie

Luluabourg devint Kananga

Une nouvelle monnaie fut introduite, baptisée zaïre et destinée à remplacer le franc en tant que monnaie nationale. 100 makuta (singulier : likuta) valaient un zaïre. Le likuta était lui-même divisé en 100 sengi. Cette subdivision était cependant de peu de valeur, la plus petite pièce ayant eu une valeur de 10 sengi. En définitive, il n'était pas rare de voir exprimées les valeurs monétaires avec trois zéros après la décimale, même après les importantes dévaluations intervenues plus tard.

C'est aussi l'époque des grands travaux et rapprochement avec la République populaire de Chine, qui viendra édifier dans le pays le Stade des Martyrs, le Palais du Peuple et le Pont Matadi. Les Palais de Marbre et de Gbadolite datent également de cette époque. Ainsi que de divers "éléphants blancs", dont le barrage d'Inga et la sidérurgie de Maluku, et même un programme spatial. Le réacteur nucléaire de Kinshasa fut géré par les congolais seuls à partir de 1987.

Le stade Tata Raphaël accueillera en 1974 l'un des matches de boxe les plus mythiques, opposant Mohamad Ali à George Foreman.

L'authenticité donna à Mobutu sa principale originalité philosophique. N'impliquant pas le rejet de la modernité, l'authenticité devait être vue comme un effort pour réconcilier les aspirations des traditions culturelles zaïroises avec les exigences de la modernisation. La façon d'arriver à cette synthèse ne fut cependant pas expliquée. Ce qui ne faisait pas de doute en revanche, c'est que l'usage de ce concept d'authenticité était envisagé par Mobutu comme un moyen d'asseoir son autorité. Comme il le proclamait lui-même, "en nos traditions africaines, il n'y a jamais de place pour plusieurs chefs...Ce pourquoi nous, les Congolais, désirons nous conformer aux traditions du continent, et avons décidé de joindre l'énergie des citoyens de notre pays sous bannière d'un seul parti national."

Les détracteurs furent prompts à dénoncer les raccourcis et les explications douteuses de la légitimation du régime, en particulier les soi-disant qualités inhérentes du parti et de son fondateur. Cependant, le centre de formation idéologique du MPR, l'Institue Makanda Kabobi, endossa sa tâche de formation et de propagande à travers le territoire, et propagea "les enseignements du Président-fondateur, qui doivent être donnés et interprétés de la même façon à travers tout le pays.". Les membres du Bureau Politique du MPR, furent sensibilisés à leur responsabilité de "garants du Mobutisme".

A coté des mérites ou des défauts du mobutisme, le MPR forgea sa légitimité à partir des partis populaires qui firent leur apparition dès la fin des années 1950 à travers l'Afrique, un modèle qui fut aussi une source d'inspiration pour le MNC-Lumumba. C'était un héritage lumumbiste que le MPR essaya de s'approprier en son effort pour mobiliser la population zaïroise derrière le Président-fondateur. Étroitement liée avec la doctrine mobutiste était la conception d'un parti unique qui devait régenter tous les secteurs de l'activité de la nation.

 

Expansion autoritaire

Traduire le concept d'"une nation politiquement organisée" en réalité, impliquait une expansion du contrôle de l'État sur la société civile. Cela commençait par l'incorporation de la jeunesse et des travailleurs dans des organisations contrôlée par le MPR. En juillet 1967, le Bureau politique annonça la création de la Jeunesse du Mouvement Populaire de la Révolution (JMPR). Un mois après le lancement de l'Union Nationale des Travailleurs Zaïrois (UNTZA) mit ensemble sous une seule organisation trois syndicats de travailleurs pré existants. Le but, selon les termes du Manifeste de la Nsele, était de transformer le rôle des syndicats de travailleurs de "force de confrontation" en "un organe de support à la politique gouvernementale," devenant ainsi "un lien de communication entre les classes populaires et l'État." De la même façon, la JMPR devait être un lien majeur entre les étudiants et l'État. En réalité, le gouvernement tentait de mettre sous sa coupe les secteurs les plus susceptibles de voir émerger une opposition au régime. En soumettant les dirigeants de travailleurs et de la jeunesse au Bureau politique du MPR, le régime espérait enrôler les forces syndicales et les étudiants dans la machinerie de l'État. Cependant, il fut remarqué par de nombreux observateurs qu'il n'y avait pas de preuve que la cooptation ait réussi à mobiliser un enthousiasme pour le régime au delà d'un niveau superficiel.

La poursuite du contrôle des secteurs sociaux continua. Les associations de femmes de même que la presse furent mises sous contrôle du parti et en décembre 1971 Mobutu commença à amputer la puissance des églises. Trois Églises étaient reconnues à l'époque : l'Église du Christ au Zaïre, l'Église kimbanguiste, et l'Église catholique romaine. La nationalisation des universités de Kinshasa et de Kisangani, alliée avec l'insistance de Mobutu de supprimer les noms chrétiens et d'installer des sections de la Jeunesse du MPR dans tous les séminaires, amenèrent rapidement des tensions avec l'Église catholique romaine. Celles-ci continuèrent jusqu'en 1975, date à laquelle, suite à des pressions du Vatican, le régime cessa ses attaques contre l'Église catholique romaine qui récupéra certaines de ses prérogatives en matière d'enseignement. Cependant, conformément à la loi de décembre 1973, qui autorisait l'État à dissoudre "toute église ou secte troublant ou susceptible de troubler l'ordre public, des organisations non autorisées furent démantelées et leurs dirigeants jetés en prison".

Mobutu fit en sorte de supprimer toute institution qui pourrait favoriser les affinités ethniques. Résolument opposé a une mobilisation politique sur base d’origines ethniques, il interdit nombre d'associations telles que l'Association des Lulua Frères, qui existait au Kasaï depuis 1953, et Liboke lya Bangala (littéralement "paquet de Bangalas"), une association formée dans les années 1950 pour représenter les intérêts des locuteurs Lingala dans les grandes villes. Ceci permettait notamment d'éclipser l'origine ethnique de Mobutu lui-même. Les tensions ethniques réapparurent cependant à mesure que l'insatisfaction des congolais grandissait.

En parallèle avec les efforts visant à neutraliser toute source de pouvoir incontrôlé, d'importantes réformes administratives furent mises en place en 1967 et 1973 pour accroître l'emprise du pouvoir central sur les provinces. L'objectif principal de la réforme de 1967 fut l'abolition des gouvernements provinciaux, en les remplaçant par des fonctionnaires contrôlés par Kinshasa. Le principe de la centralisation fut ensuite étendu aux districts et aux territoires, avec un fonctionnaire dépendant de Kinshasa à leur tête. Les seules entités administratives qui ne tombèrent pas sous la coupe du gouvernement central furent les collectivités, les chefferies et les secteurs (comprenant plusieurs chefferies). L'État unitaire et centralisé ressemblait de plus en plus à celui mis en place sous le Congo belge, sauf qu'en 1972 les provinces prirent le nom de régions

Avec la réforme de juin 1973, une étape supplémentaire fut franchie dans la direction d'une centralisation accrue. Le but en était de réaliser une fusion complète entre les structures administratives et politiques en faisant de chaque responsable politique le chef de la section correspondante du parti. Une autre conséquence fut que la réforme entrava sérieusement la puissance des autorités traditionnelles au niveau local. Les autorités traditionnelles héréditaires  désormais non reconnues, Kinshasa détenait elle seule l’autorité.

L'analogie avec l'état colonial devint encore plus flagrante si l'on s'intéresse à l'introduction du "service civil obligatoire" en 1973 (connu aussi sous le nom du terme lingala de Salongo), et qui prenait la forme d'un après-midi par semaine pour des travaux d'intérêt généraux, généralement en agriculture ou en projets de développement. Officiellement présenté comme une tentative révolutionnaire de retrouver les valeurs du communalisme et de la solidarité inhérente aux sociétés traditionnelles, le Salongo devait être fait avec enthousiasme et sans contrainte. Mais le Salongo était de fait un labeur forcé. Le manque d'enthousiasme de la population à l'égard du Salongo mena à de vives résistances et un manque de motivation dans son exécution. Le fait de ne pas accomplir les prestations obligatoires pouvait occasionner de un à six mois de prison vers la fin des années 1970, et bien peu de zaïrois s'opposèrent au Salongo. En recréant un des aspects les plus détestés du régime colonial, le service civil obligatoire ne contribua nullement à endiguer l'érosion de la légitimité du pouvoir en place.

Une paix et une stabilité relatives prévalurent jusqu'en 1978, lorsque des rebelles katangais, basés en Angola, lancèrent une série d'attaques pour envahir le Shaba (Katanga). Ils furent évincés avec l'aide de para commandos belges et français furent largué sur Kolwezi.

Au cours des années 1980, le Zaïre demeura un état contrôlé par un parti unique. Bien que Mobutu garda le contrôle de la situation au cours de cette période, des partis d'opposition étaient actifs, dont le plus connu était Union pour la Démocratie et le Progrès Social. Les tentatives de Mobutu pour contrer ces partis lui attirèrent de nombreuses critiques.

 

Le multipartisme

Avec la fin de la Guerre froide, les pressions intérieures et extérieures contre Mobutu s'accrurent. Entre fin 1989 et le début 1990, Mobutu se trouva affaibli par diverses contestations internes, des critiques grandissantes de la communauté internationale contre son régime et ses violations des droits de l'homme, son économie en déroute et la corruption de son gouvernement, et l'assujettissement du budget national aux fins personnelles de Mobutu.

En mai 1990, Mobutu donna son accord au multipartisme et au partage d'un pouvoir issu d'élections libre et à la promulgation d'une constitution. Alors que le processus commençait à s'enliser, des militaires déclenchèrent des pillages à Kinshasa en septembre 1991 pour protester contre le non paiement de leurs soldes. 2,000 militaires belges et français furent envoyés, dont certains amenés par des avions américains, pour évacuer les 20,000 étrangers menacés à Kinshasa.

En 1992, après plusieurs tentatives infructueuses, la Conférence souveraine nationale tant attendue fut finalement mise en place, comprenant quelques 2,000 représentants reparti dans prés de 200 parti politique. La Conférence se donna un mandat législatif et élut l'archevêque Laurent Monsengwo comme Président de l'assemblée, et Étienne Tshisekedi wa Mulumba, dirigeant de l'UDPS, Premier Ministre. Les députés de cette conférence n’hésitèrent alors pas à critiquer ouvertement Mobutu, sa gestion économique catastrophique, son culte personnel... À la fin de l'année, Mobutu avait créé un gouvernement rival avec ses propres ministres et son Premier Ministre. Dès 1991 Mobutu commença à soutenir l’extrême droite katangaise de Nguz et Kyungu pour persécuter les balubas, accusés d’avoir voté pour Tshisekedi. Entre 1991 et 1995 des milliers de balubas du Katanga seront dépossédés, chassés aux Kasai ou fuiront en Afrique australe (Zambie, Zimbabwe, Afrique du Sud). Dans cette émigration, le Zaïre perdra de nombreux intellectuels (médecins, ingénieurs). Un gouvernement de compromis fut finalement mis en place en 1994, intégrant des personnes des deux tendances sous le nom de Haut Conseil de la République-Parlement de Transition (HCR-PT). Mobutu en était le chef de l'état et Kengo Wa Dondo Premier Ministre. Bien que des élections présidentielles et législatives aient été prévues pour deux années plus tard, elles n'eurent jamais lieu.

En 1996, les tensions avec l'état voisin du Rwanda s'accentuèrent, avec le déplacement des affrontements sur le territoire du Zaïre et des refugiés du génocide rwandais. Les milices Tutsi entrèrent dans le territoire et furent rapidement rejointes par divers groupes d'opposition, et soutenue par plusieurs pays, dont notoirement le Rwanda et l'Ouganda. Cette coalition, dirigée par Laurent-Désiré Kabila, prit le nom d'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo-Zaïre (AFDL). L'AFDL, dont l'ambition affichée désormais était la prise du pouvoir du pays, prit rapidement la direction de l'ouest, rencontrant peu de résistance les premiers succès acquis début 1997. Des négociations intervinrent en mai 1997 entre Kabila et Mobutu, sous l'égide de Nelson Mandela, qui ne permirent pas à Mobutu de se maintenir au pouvoir. L'AFDL entra à Kinshasa le 17 mai. Kabila s'autoproclama président, transforma l'AFDL de force militaire en organe de gestion du pouvoir et rendit au pays son nom de République Démocratique du Congo.

 

Avec l'inspiration de wikipedia.org



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